Gestion des risques d’inondation

Faites passer le message! Merci

Les risques d’inondation

 

Georges Cingal, Président de la Fédération SEPANSO Landes

             La SEPANSO est régulièrement interrogée à propos des risques d’inondation, aussi semble-t-il indispensable de faire le point sur ce sujet.

             Il convient de faire la différence entre les inondations auxquelles étaient confrontées les générations passées et les inondations « modernes ». Comme le disait un de mes amis de France Nature Environnement, ces dernières sont la preuve que le concept de progrès est parfaitement fondé : « Les inondations centennales sont désormais décennales et les crues décennales sont désormais annuelles, Tu vois bien Georges que notre société progresse ! ». Les anciens qui vivaient en zone inondable acceptaient les crues parce qu’elles étaient la contrepartie des avantages qu’ils trouvaient à vivre à proximité du fleuve et avec le fleuve. Nos contemporains qui se retrouvent inondés, bien souvent sans avoir besoin de vivre auprès du fleuve, se posent des questions auxquelles la SEPANSO va s’efforcer d’apporter des réponses

                         1° Hydraulique basique :

             Les problèmes que nous rencontrons actuellement sont les conséquence d’une prise de risque : des décisions ont conduit à la réalisation de diverses protection : murs, digues… Malheureusement le rétrécissement du lit majeur (ou plaine d’inondation) se traduit par une élévation du niveau du fleuve lors d’une crue. La maintien artificiel du fleuve dans le lit mineur, autrement dit sa chenalisation, signifie que l’écoulement des eau est ralenti au début des premiers apports de la crue et que le pic de la crue sera plus élevé que le goulet d’étranglement sera réduit. Autrefois, il est même arrivé que l’on fasse sauter des ponts pour que la crue, obstruée par les arches, puisse s’écouler plus rapidement.

             Actuellement, ceux qui ont imaginé des constructions ou des aménagements en zone humide nous disent que les arrivées d’eau dépassent les paramètres qui ont été pris en compte pour modéliser l’hydrologie du fleuve. La SEPANSO estime que, ce faisant, ils reconnaissent implicitement leurs erreurs. Nous aimerions mieux qu’ils reconnaissent que la SEPANSO avait raison lorsqu’elle affirmait que les modèles étaient construits sur des données passées, alors que le bassin versant était susceptible d’être modifié par des défrichements, par la suppression de haies, par des drainages, par l’imperméabilisation de surfaces aménagées, voire par des modifications des conditions climatiques.

             Sur ce dernier point, la SEPANSO se hasarde à formuler une hypothèse. Nous avons observé que de plus en plus fréquemment nous avons un régime des vents suivant l’axe nord-sud, ce qui laisse supposer que l’évaporation au dessus de l’océan produit une masse de nuages plus importante au dessus de celui-ci, ladite masse de nuages apportera des pluies plus importantes lorsque le vent de l’ouest, du sud-ouest ou du nord-ouest ramènera ceux-ci au dessus des terres. Plusieurs épisodes très pluvieux semblent conforter cette hypothèse. En tous cas la SEPANSO constate que les modèles certifiés ne sont pas fiables.

             En ce qui concerne notre département, il serait intéressant de connaître la superficie des surfaces drainées ; le Conseil Général des Landes qui a subventionné les agriculteurs qui voulaient drainer leurs parcelles devraient être en mesure de fournir un ordre de grandeur. Il sera fait observer que le plus souvent ces drains débitent dans de larges fossés creusés à la pelle mécanique, ce qui accélère l’écoulement des pluies vers les rivières. En paraphrasant l’expression « les petits ruisseaux font les grandes rivières », ne pourrait-on pas dire aujourd’hui « les petits drains font les grandes crues » ?

                         2° – Le processus pour aboutir à la gestion des risques d’inondation :

             La directive 2007/60/CE du parlement européen et du conseil du 23 octobre 2007 relative à l’évaluation et à la gestion du risque d’inondation, dite Directive Inondation (DI) prévoit d’ « établir un cadre pour l’évaluation et la gestion des risques d’inondation, qui vise à réduire les conséquences négatives pour la santé humaine, l’environnement, le patrimoine culturel et l’activité économique associée aux inondations dans la Communauté ».     

             La transposition de la directive a été réalisée au moyen de dispositions législatives, insérées dans la loi n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement (LENE) et le décret n°2011-227 du 2 mars 2011 venant en application de ces dispositions.

             Tous les types d’inondations doivent être étudiés : débordements de cours d’eau, ruissellements, ruptures de digues de protection, ruptures d’ouvrages, remontées de nappes, submersions marines…Les conséquences négatives potentielles pour la santé humaine, l’environnement, les biens, dont le patrimoine culturel et l’activité économique doivent être pris en compte.

             En 2012, l’évaluation préliminaire des risques d’inondation (EPRI) a été établie pour chaque bassin hydrographique (elle devra être actualisée en 2018, puis tous les 6 ans) : état des lieux des inondations survenues dans le passé et étude des conséquences négatives potentielles au travers d’une série d’indicateurs… On a pu ainsi définir les territoires à risques important d’inondation (TRI) : cartographie et  définition de plans de gestion des risques d’inondation (PGRI).

             Dans notre département l’administration avait déjà travaillé à l’élaboration d’un document qui fut publié en 2011 : « Les risques naturels et technologiques dans les Landes » (114 pages pour exposer la démarche et lister commune par commune les risques identifiés).

             Les services avaient préparé des projets de plans de prévention du risque inondation (PPRI), démarche imposée par la loi n° 87-565 du 22 juillet 1987 relative à l’organisation de la sécurité civile et à la prévention des risques majeurs. Les travaux furent actualisés après l’adoption de la loi n° 95-101 du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l’environnement (Loi Barnier) … Les dispositions  concernant les PPRI se trouvent dans le Code de l’Environnement modifié après l’adoption de la Loi 2012-1460 du 27 décembre 2012 relative à la mise en œuvre du principe de participation du public défini à l’article 7 de la Charte de l’Environnement ; selon l’article L.562 : « L’Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles … »

             Des membres actifs de la SEPANSO ont étudié les documents présentés lors des enquêtes publiques et présenté des observations.

             L’information sur les risques est un droit (art. 125-2 du Code de l’Environnement). La préfecture fournit l’accès aux informations, pour les inondations : http://www.landes.gouv.fr/les-plans-de-prevention-des-r166.html

  
                        3° – Cadre pour la gestion des risques d’inondations

            La politique nationale de gestion des risques d’inondation ressemble fort à une gageure : « augmenter la sécurité des populations, réduire le coût des inondations et maintenir la compétitivité des territoires ». On peut penser qu’il s’agit d’une hiérarchie et que la sécurité passe en premier ; il n’en reste pas moins vrai que le paramètre économique semble peser très lourd.

            Pourtant le Ministère reconnaît que « près d’un français sur 4 et un emploi sur 3 sont exposés au risque d’inondation, dans un contexte d’augmentation constante des enjeux exposés et de l’impact du changement climatique. »

            « D’ici 2015, un plan de gestion des risques inondation (PGRI) sera mis en place sur chaque grand bassin hydrographique afin d’afficher les priorités de l’action publique notamment sur les territoires concentrant le plus d’enjeux (appelés aujourd’hui « TRI », territoires à risque important d’inondation). Si la mise en œuvre de cette politique est territoriale, un cadre national est attendu par l’ensemble des parties prenantes sous la forme d’une stratégie nationale de gestion des risques.

             Issu d’une élaboration collective, l’objectif de la stratégie nationale est principalement de favoriser la compétitivité et l’attractivité des territoires : en réduisant leur vulnérabilité aux inondations, en les préparant à gérer mieux la crise pour éviter la catastrophe et en organisant le retour à la normale.

Outre la volonté d’augmenter encore la sécurité des populations, concrétisée par le Plan interministériel Submersions Rapides validé le 17 février 2011 pour la période 2011-2016, la stratégie nationale poursuit donc deux nouveaux objectifs majeurs à faire partager par le plus grand nombre :

  • stabiliser sur le court terme, et réduire à moyen terme, le coût des dommages,
  • raccourcir fortement le délai de retour à la normale des territoires sinistrés. 

 http://www.developpement-durable.gouv.fr/-La-gestion-des-inondations-.html

Notre commentaire sera laconique : Vaste programme ! 

                        Conclusion : cessons de fabriquer des catastrophes !

            Les membres de la SEPANSO sont toujours très tristes lorsque survient une catastrophe et ils expriment toujours leur sympathie aux victimes et à leurs proches. De même ils expriment toujours leur admiration pour les personnes qui viennent en aide aux victimes, qu’il s’agisse de professionnels ou de bénévoles.

            Mais à chaque fois, il est impossible de ne pas se poser la question de la responsabilité humaine. Aujourd’hui nous en sommes à douter de la « pédagogie des catastrophes » lorsque nous voyons les erreurs se répéter ici ou là et parfois au même endroit. Comme Denis de Rougement, Serge Latouche, Henriette Charbonneau,… nous doutons. On peut citer cette dernière écriant en 2001 : « Après tant de catastrophes écologiques, il était permis de douter de leur efficacité pédagogique »

            Avons-nous tiré les leçons du passé ? Manifestement non ! Le drainage et les défrichements continuent. La réalisation de constructions grignote des zones d’expansion des crues. L’implantation d’infrastructures en zone inondable perturbe l’écoulement des eaux de nos rivières et de nos fleuves. A tel point que nous assistons à des phénomènes nouveaux qui rendent difficile le travail des prévisionnistes qui doivent alerter les populations

            Aurons-nous le courage de reconnaître nos erreurs ou bien allons-nous chercher à biaiser ? S’il est aujourd’hui encore difficile de faire une analyse critique de tous les sites sinistrés, il est clair que la délivrance de permis de cosntruire en zone inondable était une erreur (Valdour à Saint-Sever…). De même le projet de contournement est de l’Adour pose problème. Le modèle présenté lors des enquêtes publiques et sévèrement critiqué par la SEPANSO (2008-01-09 ContournementDax_DUP) s’avère obsolète. La SOGREAH va-t-elle se voir confier une nouvelle étude pour rectifier ses données comme ce fût le cas à Peyrehorade. La SEPANSO a posé la question le 30 janvier 2014, à savoir si le Conseil Général allait laisser s’écouler davantage d’eau en pratiquant des ouvertures dans ce qui constitue un barrage dans les barthes de Dax et d’Yzosse ? Du côté de la préfecture, il y a déjà une révision du PPRI d’Aire S/Adour en cours ; est-ce que d’autres communes devront également revoir leurs cartographies ?

            Enfin, et ce n’est pas une mince affaire, est-ce que des actions, autres que des déplacements de sables en urgence, vont être entreprises pour éviter une catastrophe sur le littoral ?

            La SEPANSO rappelle que bien souvent la chance n’est en fait que le résultat de réflexions et d’actions qui ont permis d’anticiper un problème. C’est trop facile de dire que c’est de la faute à pas de chance ! C’est trop facile de déclarer que c’est une catastrophe naturelle lorsqu’on a contribué à exposer aux éléments naturels des citoyens et leurs biens en perturbant leur environnement !

            Subsidiairement la SEPANSO fera remarquer que le système d’indemnisation des victimes des soi-disant « catastrophes naturelles » risque de manquer de liquide, ce qui est un comble pour des victimes d’inondations. Il sera rappelé que plus il faut indemniser, plus il faut cotiser pour rester solidaire. Autrement dit, on finit au bout du compte par créer une sorte d’impôt indirect sur les erreurs commises par des élus et par l’Etat. Autant chacun accepte des investissements intelligents et utiles, autant chacun refuse ces pertes à répétition qui n’améliorent ni notre environnement, ni notre qualité de vie.

            La SEPANSO espère que la Directive inondations du 6 novembre 2007 sera mieux interprétée au niveau local.

 

             Pour aller plus loin, suivez ce lien qui vous conduit sur le site de FNE :

            http://www.fne.asso.fr/fr/crues-et-inondations.html?cmp_id=167&news_id=11934

Vous pourrez par exemple consulter ou télécharger divers documents, par exemple :

          Livret inondation de France Nature Environnement (auquel la SEPANSO a participé)

          Riverains inondables et défenseurs de l’environnement. Mobilisations et contestations associatives dans le domaine de la prévention des inondations (Cyril Bayet)